La santé physique et mentale des adolescents est aujourd'hui
une préoccupation majeure de santé publique soulignée
par le Haut comité de la santé publique. Ce sujet
mérite une attention encore plus aiguë quand il s'agit
d'enfants et d'adolescents en grande difficulté, notamment
s'ils relèvent d'une décision judiciaire.
Cette circulaire a pour objet de vous demander d'inscrire en priorité
les réponses aux besoins d'éducation et de santé
de ces mineurs dans les programmes de santé ou de l'enfance
et de prévoir le cadre d'intervention qui doit permettre
une meilleure association des compétences de chacun des champs,
judiciaire, éducatif, sanitaire et social. Les programmes
et dispositifs existants permettent d'intervenir sans ajouter de
nouveaux programmes ou de nouvelles instances de coordination; vous
trouverez ci-dessous une présentation coordonnée de
ces actions. Vous devrez, de manière plus systématique,
veiller à ce que les problématiques des adolescents
en grande difficulté soient clairement identifiées
et que les réponses à apporter soient précisées
et programmées.
1. Déterminer des principes
généraux d'intervention
1.1.
Identifier les publics
En France, un habitant sur huit est âgé de 12 à
20 ans. En 1990, ces jeunes sont au nombre de 7 071 811.
Le Haut comité de la santé publique souligne que si
la mortalité est faible à l'adolescence, dans 70%
des cas il s'agit d'une mortalité violente et évitable.
En effet, plus de la moitié des décès sont
survenus par suite d'accidents et près d'un décès
sur sept par suite d'une tentative de suicide. Dans une étude
INSERM de 1998 auprès des adolescents de la protection judiciaire
de la jeunesse, il était relevé que les conduites
violentes dans l'année concernaient 50% des garçons
et 42% des filles, que 41% des garçons et 55% des filles
avaient été victimes de violences physiques et que
12% des garçons et 49% des filles avaient fait une tentative
de suicide durant leur vie. Ces données suggèrent
la prédominance des troubles psychosociaux à l'adolescence
importants à analyser pour mieux les prévenir et ou
les prendre en charge. Les jeunes identifiés en
grande difficulté, outre la souffrance psychique parfois
intolérable dont leur comportement ou leur passage à
l'acte témoignent, laissent les institutions démunies
et nécessitent des prises en charge extrêmement complexes
dont les résultats restent aléatoires. En effet, les
parcours de vie de ces jeunes sont faits de ruptures successives
que traduisent les échecs répétés des
prises en charge - échec scolaire, exclusion des institutions,
renvoi de la famille. L'adolescent difficile ne trouve pas de réponse
adéquate dans le cadre de son environnement qu'il met en
tension ou en échec, induisant de ce fait des attitudes de
ruptures et de rejet et le renvoi sur d'autres filières de
prise en charge, souhaitées plus «contenantes».
Afin de mieux connaître ces publics pour agir avec pertinence,
il importe de mettre en commun les données disponibles, de
développer et d'actualiser études et recherches sur
ce thème.
1.2.
Partager une préoccupation pluri-sectorielle
La nécessité d'une approche pluridisciplinaire
et partenariale de la question des prises en charge de ces mineurs
en grande difficulté est reconnue par tous les professionnels.
Les informations issues d'une enquête (en cours d'exploitation)
réalisée auprès des directions départementales
des affaires sanitaires et sociales (DDASS) et des directions départementales
de la protection judiciaire de la jeunesse (DDPJJ), et quelquefois
par l'intermédiaire de ces directions auprès des Conseils
généraux, par les services centraux des ministères,
pour l'ensemble des départements, a permis une meilleure
connaissance des freins rencontrés au plan local et des outils
mis en oeuvre, pour la prise en charge des enfants et adolescents
en grande difficulté. Près des deux tiers
des départements signalent l'absence de structures adaptées
de prise en charge ou l'insuffisance des collaborations entre les
professionnels. Toutefois, la préoccupation pour
ce public et le souci de traiter cette problématique sont
manifestes, dans presque tous les départements, dans les
instruments de planification sanitaire, sociale et médico-sociale
(schémas régionaux ou départementaux) ou les
outils de programmation programmes régionaux de santé
(PRS) et programmes régionaux d'accès à la
prévention et aux soins (PRAPS).
1.3.
Décloisonner les logiques institutionnelles
L'étude des trajectoires de
ces enfants et adolescents montre le caractère relativement
aléatoire de leur orientation sur des filières sanitaire,
sociale et judiciaire ou médico-sociale, en lien notamment
avec l'offre locale de service et de soins, ainsi que la succession
possible dans le temps des différents modes de prise en charge.
La recherche d'une cohérence impose dès lors
de travailler dans le sens de la recherche des complémentarités
susceptibles de construire les réponses les mieux adaptées
à l'accompagnement de ces enfants et adolescents. Seules
des réponses diversifiées permettent leur prise en
charge globale, qu'ils vivent dans leur famille ou qu'ils soient
accueillis dans une institution sociale ou médico-sociale.
Il convient de proposer des réponses multiples à
la fois éducatives, sociales, médico-sociales, judiciaires
ou thérapeutiques qui ne se substituent pas les unes aux
autres, peuvent se cumuler en tant que de besoin ou se relayer sans
discontinuité. Cela suppose au préalable une coordination
des instances décisionnelles et une mise en réseau
des réponses institutionnelles. Ces collaborations doivent
favoriser à la fois une vigilance partagée sur la
situation de l'enfant ou de l'adolescent et une juste reconnaissance
des missions, compétences et limites des équipes professionnelles
engagées auprès de lui. Elles doivent s'efforcer de
rechercher une cohérence de son parcours sur toute la durée
de la prise en charge.
2. Définir des objectifs
dans les différents champs concernés
Les collaborations doivent particulièrement être
développées dans quatre domaines essentiels: la prévention,
la réponse à l'urgence et à la crise, l'hospitalisation
et les soins ambulatoires et de suite.
2.1.
La prévention
· Constats
Un travail de définition est
nécessaire pour délimiter la prévention. Des
incompréhensions entre les différentes catégories
de professionnels concernés sont la source de difficultés.
Ce travail doit être l'objet de concertations locales et de
formations communes. La prévention comporte l'exercice
de la vigilance, notion communément partagée par l'ensemble
des acteurs, et peut exiger des interventions alors que les différents
professionnels ne sont pas encore tous persuadés de la nocivité
de la situation. La prévention concerne directement
les enfants et adolescents pris en charge par les différents
services et établissements dont les difficultés psychiques
s'expriment souvent à travers des agressions à l'égard
des autres ou d'eux mêmes. De nombreux travaux effectués
autour de ces formes de pathologies témoignent des carences
affectives précoces vécues par ceux-ci et de la discontinuité
de leur histoire, marquée par des ruptures non élaborées.
En ce sens une politique de prévention doit se renforcer
autour de ces données reconnues comme pathogènes ou
favorisant les exclusions. La prévention concerne
autant les parents, et l'environnement social que l'enfant et l'adolescent.
Elle renvoie, d'une part, à la nécessité d'accompagnement
des passages que l'on sait fragiles pour toute la population, quelles
que soient les conditions économiques, sociales et culturelles,
et d'autre part, à la nécessité d'attention
aux premiers signes de difficulté. Construire une
prévention dans la continuité, signifie porter attention
aux enfants de tous les âges et à leur famille, et
notamment aux enfants de 6-12 ans envers lesquels une nouvelle
vigilance est nécessaire.
· Objectifs
Les différents services concernés, directions départementales
des affaires sanitaires et sociales, directions départementales
de la protection judiciaire de la jeunesse, devront, en associant
les magistrats de la jeunesse et les inspections académiques
et en invitant les conseils généraux à se joindre
à leurs travaux:
- effectuer
un état des lieux précis des ressources locales, des
établissements et services, et en assurer la diffusion. Ce
travail devra faire l'objet d'une large concertation, sous l'autorité
du préfet et du procureur de la république, à
laquelle seront également associées les structures
associatives compétentes; - accompagner cet
état des lieux d'une évaluation des besoins ; celle-ci
est une étape nécessaire d'un processus de planification
d'une politique globale avec la définition d'objectifs précis
et communs visant à:
· éviter la segmentation
par symptômes ou tranches d'âge,
· articuler les financements,
· favoriser la formation
à la prévention de tous les professionnels, notamment
en développant l'aide aux aidants - en s'appuyant sur
le secteur psychiatrique - afin d'accroître les compétences
de chacun (y compris les familles et les enfants et adolescents)
dans le repérage et la prise en charge des troubles,
· prendre en compte et anticiper
la souffrance des professionnels par la mise en place de temps de
travail collectifs permettant réflexion et mise à
distance des pratiques, et accompagnés dans la mesure du
possible par un intervenant professionnel extérieur à
l'institution;
- inscrire
la santé dans les schémas conjoints de la protection
de l'enfance et de la famille pour favoriser la complémentarité
de ces efforts avec ceux des conseils généraux.
Une circulaire spécifique traitera de la prévention
précoce des troubles du comportement et des réponses
éducatives, sociales et médico-sociales susceptibles
d'être apportées dans ce cadre à partir d'une
réflexion en cours sur les missions des instituts de rééducation.
2.2.
La réponse à la crise et à l'urgence
· Constats
Si la crise n'a pas obligatoirement
une connotation négative et a pu être comparée,
chez l'adolescent, à une sorte d'épreuve initiatique,
l'urgence qui en résulte est souvent liée à
un manque d'anticipation ou à un retard de prise en charge
pouvant induire la recherche de solutions précipitées
souvent mal adaptées aux enfants et adolescents (telles des
réponse de type contenant: hospitalisation, placement en
urgence dans un foyer mais aussi garde à vue ou incarcération
qui peuvent dans certains cas se révéler inadaptées).
A cet égard il convient de souligner que la crise et l'urgence
se révèlent être un mode d'entrée privilégiée
des adolescents dans le système de soin et notamment de soins
spécialisés. La réponse à la
crise et à l'urgence sera d'autant moins efficiente qu'il
existe un manque de formation des personnels intervenant auprès
des enfants et adolescents, une méconnaissance réciproque
des intervenants institutionnels, des missions de chacun, un manque
de coordination et de confiance, une absence de référents
identifiés. Le mot «urgence» recouvre en soi
des réalités différentes, selon que l'on est
travailleur social, magistrat, ou psychiatre.
· Objectifs
Il s'agit, en amont de la crise, d'améliorer l'articulation
entre les équipes éducatives et soignantes. Cela revient
notamment à développer une connaissance et une reconnaissance
des institutions, des acteurs de terrain entre eux, permettant de
clarifier les responsabilités et les rôles de chacun,
de travailler en complémentarité. Les professionnels
de santé ont à élaborer une culture commune
qui fédère l'ensemble des acteurs autour de la spécificité
d'une clinique de l'adolescence, marquée par l'importance
de la violence, de la transgression et du passage à l'acte.
Le développement de formations en direction des équipes
de psychiatrie infanto-juvénile et adultes, des équipes
pédiatriques, des médecins généralistes,
des professionnels sociaux, médico-sociaux et judiciaires
ainsi que l'élaboration de formations communes doivent y
contribuer. On peut désigner là un socle commun à
l'ensemble des professionnels de la protection de l'enfance, qui
doit trouver une réalité à court terme sur
chaque département et faire l'objet d'une commande précise.
2.3.
L'hospitalisation des enfants et adolescents en grande
difficulté
· Constats
Moment particulier dans le projet
thérapeutique et socio-éducatif d'ensemble, l'hospitalisation
doit être négociée et préparée
en amont, dans ses différentes modalités, avec l'adolescent
et sa famille, mais aussi entre les équipes soignantes, sociales
et éducatives et répondre à une indication
précise. La préparation en amont de l'hospitalisation
doit permettre qu'elle ne soit pas vécue par l'enfant et
l'adolescent comme une sanction ou comme une contrainte insupportable,
l'hospitalisation en milieu psychiatrique restant entachée
d'un risque de stigmatisation. Une hospitalisation en dernier recours,
réalisée en urgence, est en effet peu favorable à
une bonne mise en place des soins. Les hospitalisations
des enfants et adolescents en grande difficulté se répartissent
entre les services de pédiatrie et de médecine adolescente
et les services de pédopsychiatrie, voire de psychiatrie
générale. L'hospitalisation complète
sert principalement à déployer des soins intensifs
et permanents autour de l'adolescent, dans de bonnes conditions
de sécurité et de qualité. L'hospitalisation
temps plein a également pour fonction de contenir et contrôler
le comportement extrême du jeune, de le séparer de
son environnement et d'observer son comportement. Elle permet
également de transférer la charge du soin de la famille
ou du milieu de vie vers les professionnels du soin et de réguler
les tensions micro-sociales, effet et cause du symptôme.
L'hospitalisation est un acte médical et doit le rester,
même si la décision d'hospitaliser peut être
négociée ou considérée comme un moment
de rupture profitable à l'adolescent comme aux professionnels
médico-sociaux ou socio-éducatifs qui en ont la responsabilité.
Elle peut permettre de reconsidérer les modalités
de prise en charge. En ce sens, l'article 19 IV
de la loi du 4 mars 2002 relative aux droits des malades
et à la qualité du système de santé
insérant un article 375-9 dans le code civil subordonne
les décisions judiciaires de placement des mineurs dans un
établissement recevant des personnes hospitalisées
en raison de troubles mentaux à un avis médical qui
devra être confirmé à l'issue d'un délai
de 15 jours par un psychiatre de l'établissement d'accueil.
· Objectifs
- Mettre en oeuvre au cours de l'hospitalisation une approche
globale intégrant l'amont et l'aval de celle-ci et assurer
la continuité de la prise en charge. Ceci suppose la
collaboration entre les différents partenaires des champs
soignant, judiciaire, éducatif et social, la participation
de la famille et la mobilisation forte des différents intervenants
(travailleurs sociaux, psychologues, soignants) en veillant à
la qualité des relais. Ces collaborations sont garantes de
conditions favorables de sortie et permettent d'envisager précocement
les suites de l'hospitalisation (retour en famille ou en établissement
social ou médico-social, prise en charge par le secteur psychiatrique).
- Disposer de lits spécifiques pour adolescents
au sein de petites unités intersectorielles. L'approche globale
de l'adolescent qu'elles permettent a été mise en
avant lors du séminaire Santé/Justice des 25 et 26 mai 2000.
La réduction des inégalités de moyens entre
les secteurs psychiatriques et l'ouverture de lits d'hospitalisation
complète en psychiatrie infanto-juvénile dans les
départements actuellement dépourvus restent des priorités
de financement de la mise en oeuvre des schémas régionaux
de psychiatrie. Ce développement doit s'accompagner d'un
renforcement de l'articulation avec le secteur somatique et la psychiatrie
adulte, de l'organisation d'un travail en réseau avec l'ensemble
des professionnels en charge des mineurs en difficulté permettant
de définir au mieux les indications et les conditions d'accès
à l'hospitalisation.
2.4.
Les soins ambulatoires et de suite
Les soins ambulatoires et de suite
consistent à prendre en charge les enfants et les adolescents,
à les soutenir ainsi que leur environnement (famille, professionnels)
et à organiser des relais avec les professionnels du secteur
social, éducatif et judiciaire. L'accompagnement par l'équipe
de psychiatrie doit avoir pour objectif dans le cadre des soins
de suite de ne pas les maintenir dans une dépendance et viser,
à terme, au retrait de la psychiatrie. Les passages se font
d'autant mieux que l'équipe de soins spécialisés
est présente, ne disparaît pas brutalement et peut
toujours être activée par ses partenaires.
3. Retenir des méthodes
d'action
La complémentarité des actions conduites par les
différents professionnels auprès des enfants et adolescents
ou de leur environnement passe par le développement du travail
en réseau. Le plan «santé mentale», la
mise en place de coordonnateurs, la mobilisation des professionnels,
la mise à disposition d'un outil de guidance et le développement
de formations communes favoriseront la réalisation des objectifs
définis.
3.1.
Le travail en réseau
· Constat
Les réseaux sont des espaces
de lien et de coordination permettant la mise en commun organisée
des compétences et la complémentarité des rôles.
Le principe de recherche de transversalité, de décloisonnement
entre les institutions a été souligné tant
à propos de la prévention qu'au sujet de la réponse
à l'urgence, de l'hospitalisation et des soins ambulatoires
et de suite. Il s'agit, tout en respectant le rôle de chacun,
de fédérer les institutions et structures associatives
concernées sur un territoire donné, lorsqu'il est
avéré que la famille ou l'institution ne peut plus
pourvoir seule aux missions d'éducation et de soin.
Un réseau ne se décrète pas: il doit correspondre
à une dynamique locale suscitée par les acteurs sociaux,
médico-sociaux, sanitaires et éducatifs eux-mêmes.
Sa fonction est d'assurer une prise en charge globale, adaptée
et continue, centrée sur la personne grâce à
la reconnaissance des acteurs et à la mutualisation de leurs
moyens d'intervention et de recherche. Les réseaux
mobilisent les ressources appropriées à chaque situation
rencontrée. Chaque institution peut, tour à tour,
être le pôle principal de la prise en charge sachant
que ce pôle peut se déplacer d'une institution à
une autre au fur et à mesure du parcours de l'enfant ou de
l'adolescent. Dès lors, on soulignera l'importance du respect
de la place centrale de celui-ci, de la reconnaissance de chacune
des étapes de sa trajectoire et de la spécificité
du travail de chaque professionnel (soignant, juge, éducateur,
enseignant, travailleur social) référencé à
sa propre institution, ces points constituant d'indispensables exigences
déontologiques. L'existence de blocs de compétences
prédéfinis entre l'Etat, le conseil général
et la justice suppose, pour une meilleure articulation institutionnelle,
une souplesse dans l'organisation et une mutualisation des moyens.
· Objectifs
La mise en place de ces réseaux doit être encouragée
par les décideurs institutionnels locaux (préfets,
agences régionales de l'hospitalisation, présidents
de conseils généraux...). Il convient de noter
l'importance d'une formalisation au niveau de ces institutions.
Il est nécessaire que ces décideurs institutionnels
locaux valident les objectifs communs dans lesquels le travail en
réseau s'inscrit. Cette formalisation permet de garantir
la pérennité et la continuité du travail développé
par les professionnels des différents champs. En toute hypothèse,
le réseau ne peut être créé qu'à
partir de la volonté et de l'engagement des acteurs, et doit
être formalisé par la rédaction de documents
(charte ou convention constitutive) précisant: - la
place des usagers - l'identification du ou des promoteurs
- l'identification des acteurs concernés - les
objectifs poursuivis, le thème et l'objet du réseau
- le champ d'intervention du réseau (territoire et population)
- la structure juridique choisie, le cas échéant
- les intervenants, l'organisation interne et les modalités
de coordination des soins et des interventions - le système
d'information et les modalités de formation - les
moyens à disposition et les modalités de financement
- les relations avec les partenaires - le suivi et
l'évaluation. Le financement de ces réseaux
peut s'inscrire, en ce qui concerne la dimension sanitaire, dans
les dispositions relatives aux réseaux de santé définis
par la loi n°2002-303 du 4 mars 2002 relative aux
droit des malades et à la qualité du système
de santé (art. 84). Ils pourront bénéficier,
suivant une procédure déconcentrée au niveau
régional, de financements publics de l'Etat, de l'Assurance
Maladie et notamment de la dotation nationale de développement
des réseaux en application des articles L.162-43 à
L.142-46 du code de la sécurité sociale (loi relative
au financement de la sécurité sociale pour 2002) ainsi
que des collectivités territoriales, à condition de
satisfaire aux critères d'organisation, de fonctionnement
et d'évaluation fixés par un décret en cours
d'élaboration. Ainsi, ce nouveau dispositif législatif
et réglementaire mis en place en 2002 pourra contribuer à
la mise en oeuvre des réseaux d'amélioration de la
prise en charge concertée des enfants et adolescents en grande
difficulté.
3.2.
Le plan santé mentale
Le 14 novembre 2001 a été
annoncé un plan global d'actions répondant aux besoins
sanitaires et sociaux des personnes souffrant de troubles mentaux,
de façon à construire une vision cohérente
de la politique de santé mentale. Le partenariat des institutions
et des professionnels oeuvrant en direction des jeunes en grande
difficulté pourra utilement s'appuyer sur les actions développées
dans ce plan. Parmi les axes du plan santé mentale
figure le développement des partenariats entre les différents
acteurs concernés:
· La nécessité
d'une articulation interministérielle renforcée avec
le ministère de l'Education nationale et le ministère
de la Justice est clairement affichée afin: - d'une part,
de renforcer les moyens psychopédagogiques autour des besoins
des enfants et pour faciliter le repérage précoce
des signes de mal-être et les comportements violents en milieu
scolaire; - d'autre part, de développer un cadre de prise
en charge adéquat à la spécificité des
troubles des mineurs les plus en difficulté.
· L'articulation des décideurs
institutionnels locaux sera favorisée par l'élaboration
de contrats pluriannuels de santé mentale entre les préfets,
les conseils généraux, les municipalités, les
agences régionales de l'hospitalisation;
· Des conseils locaux de
santé mentale permettront également le développement
des partenariats entre les acteurs des différents champs
(sanitaire, social, médico-social, Education nationale, justice...).
Ces deux dernières mesures feront l'objet de dispositions
législatives qui détermineront les conditions concrètes
de leur mise en oeuvre. Enfin, ce plan prévoit la
poursuite du renforcement des capacités d'hospitalisation
complète en psychiatrie infanto-juvénile.
3.3.
Les coordonnateurs chargés de développer
les actions de prévention et le travail en réseau
Conformément à la décision du Conseil de
sécurité intérieure de janvier 2001, la
circulaire DGS-/DSS-1A/DHOS-O-F2 n°2001649 du 31 décembre 2001
relative à la campagne budgétaire pour 2002 des établissements
sanitaires financés par dotation globale prévoit de
financer la création d'une fonction de coordonnateur chargé
de développer les actions de prévention et le travail
en réseau. Si la prévention et la réinsertion
entrent dans les missions du secteur de psychiatrie, il ne peut
intervenir seul. Il lui faut développer des partenariats
multiples et diversifiés. Il convient en effet de rappeler
l'importance du repérage et du diagnostic précoce
ainsi que la mise en place d'une prise en charge adaptée,
à proximité du lieu de vie de l'enfant ou du jeune,
en lien avec l'ensemble des professionnels intéressés
(protection maternelle et infantile, aide sociale à l'enfance,
Education nationale, protection judiciaire de la jeunesse, instituts
de rééducation, secteurs de psychiatrie, centres médico-psycho-pédagogiques
et centres d'action médico-sociale précoce), ainsi
que les mesures d'aide à la parentalité.
Il ne s'agit pas de construire le réseau autour des services
de psychiatrie, mais bien de permettre à ces derniers de
dégager du temps et des moyens pour développer les
partenariats nécessaires à ce travail en réseau.
A ce titre, des postes de coordonnateur seront créés
par les agences régionales de l'hospitalisation et rattachés
à la psychiatrie publique. Leurs missions seront de recenser
l'ensemble des actions actuellement menées par les secteurs
de psychiatrie ainsi que les spécificités auxquelles
elles répondent (institutions et publics concernés),
d'analyser la mobilisation des ressources des secteurs de psychiatrie
en la matière et de recenser les attentes et les besoins
des différents partenaires. A partir de cet état des
lieux, les coordonnateurs proposeront, en lien avec les équipes
de psychiatrie, un programme d'interventions et de formations communes
dont ils assureront la coordination de la mise en oeuvre. A partir
de cette programmation, les équipes de psychiatrie concernées
devront construire le travail de partenariat. Cette fonction devra
notamment concerner les enfants et adolescents en grande difficulté
dont la violence des manifestations de mal-être est actuellement
difficilement gérée par les équipes ou traitée
de manière cloisonnée sans réelle efficacité.
L'intervention de ces coordonnateurs au niveau départemental
apparaît particulièrement pertinente eu égard,
d'une part, à l'implantation à ce niveau d'autres
services compétents en matière de prévention,
et d'autre part, à la dimension du territoire qui favorisera
des échanges entre professionnels de proximité. Les
vingt-six départements identifiés par la circulaire
interministérielle du 6 novembre 1998 relative à la
mise en oeuvre du plan gouvernemental de lutte contre la délinquance
seront pourvus prioritairement d'un poste.
3.4.
La mobilisation des acteurs du champ judiciaire
La prise en compte de la dimension de la santé dans la
prise en charge des mineurs confiés à l'institution
judiciaire est un souci croissant. Une politique de santé
publique est développée au sein de la protection judiciaire
de la jeunesse visant à: - inscrire cet objectif
dans les politiques publiques de santé, - intégrer
la santé dans le travail éducatif, - promouvoir
un travail clinique concernant la santé des mineurs.
Cette préoccupation doit être prise en compte
dans les projets départementaux de la protection judiciaire
de la jeunesse. Une sensibilisation de toutes les catégories
professionnelles à l'importance de cette prise en compte
précoce et intégrée aux missions judiciaires
et éducatives est l'objet d'un effort particulier notamment
en termes de formation. Les infirmiers de la protection judiciaire
de la jeunesse assurent auprès des directions territoriales
le lien avec les dispositifs et programmes de santé locaux.
Les psychologues de la protection judiciaire de la jeunesse peuvent
jouer un rôle d'interface entre les institutions éducatives
et le secteur de psychiatrie infanto-juvénile (évaluation
des difficultés psychiques de l'adolescent, mobilisation
autour de sa vie psychique, précision de l'orientation).
3.5.
L'outil de guidance pour la prise en charge des enfants
et adolescents en période de grande difficulté
Elaboré dans les suites du séminaire Santé-Justice
de mai 2000, ce guide a pour objectif de fournir aux différents
professionnels concernés par cette prise en charge, à
la fois des éléments d'analyse de la réalité
à travers différents angles de lecture théorique,
des points de repères concrets et des expériences
d'élaborations de réponses locales concertées.
Il sera diffusé au cours du deuxième semestre 2002.
3.6.
Le développement de formations communes
Cette nécessité précédemment
soulignée doit être prise en compte au niveau national
mais aussi au niveau régional et départemental.
A titre d'exemple, le diplôme universitaire «Adolescents
difficiles: approche éducative et psychopathologique»
mis en oeuvre à l'Université Pierre et Marie Curie
Paris VI, est le résultat d'une collaboration entre
les secteurs concernés de la santé, de la justice
et de l'éducation nationale. Il a pour objectif d'offrir
aux différents professionnels de ces champs un apport sur
les connaissances psychologiques, psychopathologiques, psycho-sociales
et légales nécessaires à la compréhension
des adolescents dits «difficiles» et du contexte social
et familial dans lequel ils évoluent. L'ouverture de ce diplôme
à l'ensemble des professionnels concernés permet un
partage d'expérience, une réflexion sur les pratiques
et un travail d'élaboration sur les pré-requis nécessaires
à la prise en charge de ces mineurs. Il serait souhaitable
que de telles initiatives se développent dans d'autres universités,
et si possible en réseau, voire en téléconférences.
Il faut rappeler également que l'amélioration
des connaissances des professionnels des différents champs
sanitaire, social, médico-social et éducatif, sur
le meilleur repérage et la prise en charge des personnes
en souffrance psychique et particulièrement celles en crise
suicidaire, constitue un des axes majeurs de la Stratégie
nationale d'actions face au suicide (2000-2005). Dans ce
cadre, en 2002, les directions régionales des affaires sanitaires
et sociales ont la charge d'organiser des formations territoriales
interdisciplinaires sur la crise suicidaire auprès de personnes
ressources dans différents champs d'intervention, sanitaire
et socio-éducatif, dont les professionnels de la protection
judiciaire de la jeunesse et ceux de l'éducation nationale.
Ces formations seront effectuées par un binôme de formateurs
régionaux, composé d'un médecin psychiatre
et d'un psychologue, ayant suivi en 2001 une des sessions nationales
de formations de formateurs régionaux dans ce domaine à
partir des conclusions de la conférence de consensus de la
Fédération française de Psychiatrie et de l'ANAES
sur «la crise suicidaire: repérer et prendre en charge»
d'octobre 2000. Les personnes ressources qui seront
formées en 2002, outre le fait qu'elles auront amélioré
leurs pratiques, auront la charge de relayer cette formation par
la diffusion d'informations pertinentes sur la prévention
du suicide dans leur champ d'intervention. Il a été
demandé aux référents sur la prévention
du suicide désignés dans chaque DRASS de prendre l'attache
de leurs partenaires institutionnels, dont les directions régionales
de la Protection Judiciaire de la Jeunesse et les rectorats, pour
rechercher les personnes ressources susceptibles d'être formées.
* *
*
Nous vous demandons de vous rapprocher,
si cette démarche n'est pas déjà entreprise,
pour mettre en oeuvre ces orientations et veiller à leur
prise en compte dans les programmes régionaux et dans les
projets et schémas départementaux. Vous voudrez
bien nous rendre compte de cette mise en oeuvre, des difficultés
rencontrées et des avancées constatées, avant
le 31 décembre 2002. Ceci permettra d'actualiser
les informations apportées par le questionnaire auquel vous
avez largement répondu et de favoriser l'adaptation des réponses
aux besoins d'éducation et de soin de ces enfants et adolescents
en grande difficulté. |