Document initialement mis en ligne sur le site www.childuniversity.org, de l'UNASEA.
UEER, DER, CER...
Les "jeunes pousses" peuvent
prendre racine. L'expérience des UEER a montré qu'un encadrement
de qualité et un projet pédagogique adapté permettent de
réinscrire des mineurs délinquants multirécidivistes dans
un parcours de vie. Barthélémy "l'adolescent violent"
et Philippe "le caïd sans futur" ont retrouvé des repères
par l'effort individuel et collectif. Le chemin sera sans doute encore long
mais la voie est tracée.
Barthélémy a 17 ans, il est agressif pour ne pas dire violent. Son père est retourné dans son pays d'origine, sa mère rencontre des difficultés pour gérer la fratrie. Depuis qu'il a 14 ans, il a connu différents placements. Et puis, en un an, c'est l'escalade pour Barthélémy qui a alors environ 16 ans : cambriolages, vols avec violence, agression d'éducateur. Dans le même temps, Barthélémy est renvoyé de trois établissements, il est incarcéré pour trois mois. C'est là qu'il est admis à la Minardière après un travail important avec son référent PJJ.
Philippe, lui a 16 ans, il n'est plus scolarisé
depuis un an et depuis six mois c'est l'escalade dans les délits : vols
de voitures, agressions diverses et notamment sur un autre jeune du quartier
qu'il poignarde. Philippe n'a jamais été placé en établissement
spécialisé. Le juge d'instruction l'incarcère pour trois
mois. Avant sa sortie, il est placé à la Minardière avec
un contrôle judiciaire stricte afin d'y effectuer un séjour de
rupture.
C'est un cadre rigide qui les attend tous les
deux avec, en enchaînement, trois stages utilisés en séquences
différentes pour s'adapter à la problématique de chacun.
La première action des éducateurs
est de réinscrire les adolescents dans un parcours de vie sociale traditionnelle
: lever à 7 heures, toilette, petit déjeuner, services, activités
manuelles ou sportives, préparation du repas, repas en commun et à
heure fixe, vaisselle, coucher 22 heures. Tout cela s'effectue en présence
continue de deux éducateurs. La télévision deux soirs par
semaine et l'interdiction d'appareils de musique divers favorisent les échanges
verbaux. Ainsi, chaque soir, le groupe se réunit autour des adultes et
discute sur un thème précis.
La réglementation des contacts téléphoniques
(seulement deux appels reçus ou émis par semaine à la famille)
est établie pour annihiler cette fuite et l'emprise de l'extérieur
sur la rupture. Cette protection est nécessaire à la réalisation
du programme. De même, les retours en famille n'ont lieu qu'une fois par
mois au maximum et pendant la semaine pour éviter la rencontre avec les
autres jeunes du quartier placés en établissement spécialisé.
Pendant le séjour de rupture, Barthélémy
et Philippe vont profiter de ces contraintes pour se poser dans le lieu et parfaire
le travail sur leur personnalité effectué à chaque stage
sportif.
Ce stage permet de découvrir et de percevoir
l'autorité des adultes. Il se base plus sur la personnalité de
chacun, sans une recherche de cohésion de groupe. L'activité consiste
en la traversée partielle du Vercors en ski de fond. Elle se déroule
dans des conditions climatiques difficiles et avec des contraintes d'organisation
de groupe importantes.
Barthélémy commence par ce stage.
Il évolue aisément lors de l'effort physique mais reste en difficulté
dans la vie en groupe.
Pour Philippe, c'est le deuxième stage.
Son attitude générale positive se confirme et notamment en groupe,
bien qu'il éprouve de grandes difficultés à soutenir le
rythme imposé. Il est pénalisé par son manque de technique.
Ce stage s'oriente vers la notion de groupe et
d'interdépendance des autres. La spéléologie est utilisée
ici comme un sport difficile :
Physiquement, le programme établi est
exigeant avec une évolution dans des grottes difficiles (méandres,
puits de 100 mètres). Elle nécessite une coopération entre
chaque membre du groupe, l'écoute méticuleuse de la parole de
l'adulte pour prévenir tout danger éventuel et la compréhension
de l'utilisation du matériel.
Psychologiquement, les angoisses générées
par ce sport pratiqué sous terre déstabilisent les adolescents
dans leur système de défense. Elles permettent d'aborder avec
eux des facettes de leur personnalité et de leur histoire que leurs passages
à l'acte répétitifs éludaient.
C'est par ce stage que va commencer Philippe.
Il y gèrera bien le rapport aux éléments et assimilera
bien les techniques de base de la spéléologie. Il a même
montré de réelles qualités de rigueur et d'organisation
dans le quotidien avec une participation positive aux tâches et services
de groupe.
Barthélémy, lui, continue à
réaliser l'activité sans difficulté. Son comportement en
collectivité s'améliore au fur et à mesure qu'il acquiert
une certaine confiance dans ses éducateurs. Il évoque le contexte
familial difficile et ses angoisses.
Ce stage est le prétexte pour exploiter
en priorité la notion de groupe et la place de chacun. Les cavaliers
se déplacent dans la région de Montpellier et du Pic Saint Loup
(300 kilomètres en dix jours). Les jeunes s'occupent aussi de la préparation
du bivouac et des repas.
Barthélémy "craque" de
nouveau et adopte des attitudes agressives. De nombreuses interventions de contention
et de soutien sont nécessaires pour lui permettre d'aboutir.
Le comportement jusque là positif de Philippe
se confirme encore. Il entretient un lien constructif et affectif avec son animal.
Deux grands chantiers sont organisés successivement
lors de cette deuxième partie du séjour.
Ce stage consiste en la réfection des
locaux (peinture, carrelage). Philippe et Barthélémy y participent
et se trouvent ainsi pour la première fois en situation professionnelle.
Il se situe, pour vingt jours, dans le Jura.
Il consiste en la construction de mini-chalets. Le rythme de travail, au niveau
horaire, prend une importance primordiale lors de ce stage. Les jeunes se confrontent
à une tâche globale à réaliser en groupe, avec des
petits objectifs personnalisés, dans une dimension horaire précise
et régulière : du lundi au samedi inclus, de 8h30 à 12h00
et de 14h00 à 18h00.
Barthélémy assume les tâches
qui lui sont confiées, avec une remarquable application. En revanche,
son attitude lors des temps de groupe se dégrade encore, sûrement
liée à la fin proche de la rupture et à ses inquiétudes.
Un coup de semonce sévère de sa Juge, lors d'une convocation en
cabinet, va stopper cette nouvelle escalade et permettre à Barthélémy
de finir positivement son séjour. A la fin de ce chantier, un bilan est
réalisé en présence de Barthélémy avec les
éducateurs, en se basant sur une grille d'évaluation élaborée
par l'équipe.
Pour Philippe, compte tenu de ses objectifs professionnels,
les éducateurs vont lui confier des tâches différentes tous
les deux jours afin de tester ses capacités à s'adapter et à
respecter un cadre de travail. Philippe confirme sa volonté positive
de s'en sortir.
Le séjour s'achève par une randonnée
équestre qui permet à l'équipe éducative de vérifier
l'évolution de chacun.
Barthélémy n'a plus commis de délits.
Il est majeur. Il a été jugé pour tous les délits
antérieurs à son séjour à la Minardière en
obtenant du sursis lié à son comportement positif pendant et après
le séjour de rupture. Un contrat d'apprentissage avec la Mairie n'a pu
perdurer car il s'est battu violemment. La confiance qu'il a envers les adultes
à présent lui a permis de s'investir dans un nouveau travail chez
un artisan maçon.
Pour l'instant, Barthélémy respecte
strictement ses engagements au niveau du travail et fréquente, sans problème,
le lieu de formation pour adultes. Un suivi psychologique a été
continué pendant un an pour permettre à chacun des membres de
la famille un travail sur la violence et les conséquences de la séparation.
Il reste encore dans sa famille et parle de fonder la sienne une fois son diplôme
obtenu.
Philippe a été jugé en Mai
1998, pour son acte violent commis avant le placement (22 mois avec sursis et
mise à l'épreuve). Il a un contrat d'apprentissage et suit sa
formation sans problème. Ses parents se sont séparés. Il
nous téléphone souvent pour en parler. Il se rend régulièrement
au séances de soutien psychologique. Philippe parle d'un avenir... et
le construit déjà.